E d i t o

 

La baisse des taux pratiquée par la Fed il y a une semaine constitue une double surprise. Une première surprise parce que l'on ne s'y attendait pas et une seconde surprise parce que la Fed n'a pas pour habitude de faire des surprises au marché.


Cette baisse de taux cache quelque chose. En effet, cette décision de réduire les taux de 50 points de base entre deux comités correspond au mouvement le plus spectaculaire jamais réalisé depuis qu'Alan Greenspan préside à sa destiné, plus radical encore que la baisse décidée lors de la crise Russe de 1998, alors qualifiée de "pire crise financière depuis 50 ans" par le président Clinton. 

Les marchés ont réagi à le mesure de l'évènement : le Nasdaq a battu son record historique. 

Pourtant, les faits défient les explications données pour justifier ce geste. Le ralentissement économique US est indiscutable, les risques de récession existent effectivement, mais cela était parfaitement prévu et les chiffres publiés montrent un tableau encore tout à fait correct. Le marché de l'emploi, en particulier, est encore dynamique et le taux de chômage bas, tandis que le taux d'utilisation des capacités de production reste élevé. Il n'y a aucune raison pour qu'un ralentissement économique voulu et prévu motive un tel geste, même si les risques de dérapage s'accroîssent.

Alan Greenspan a déclaré être attentif à une baisse boursière qui deviendrait excessive. Mais si la baisse boursière touche effectivement l'économie US, elle n'est réellement profonde que sur le Nasdaq et la combattre n'est pas la mission prioritaire d'un Banquier Central. Surtout avec des moyens aussi importants.

Difficile dans ce contexte de trouver une explication à l'aspect spectaculaire de ce geste et surtout au fait qu'il ait été décidé entre deux comités. Difficile au point que l'on pense à un moment de panique de la part de la Fed. Dans cette histoire, cependant, si il est une certitude, c'est que la Fed maîtrise parfaitement ses interventions et connaît à la perfection la mesure et le sens de l'impact que peuvent avoir ses décisions et commentaires sur le marché. Ce geste n'est ni le fruit du hasard, ni la conséquence d'un mouvement de panique. Pourtant, si rien ne le justifie à posteriori, c'est la crédibilité de la Banque Centrale et de son président qui s'en trouvera amoindrie.

Il existe donc forcément une raison exceptionnelle qui justifie ce geste exceptionnel. Mais nous ne la connaissons pas.

On peut spéculer et chercher toutes sortes de raisons, comme le risque d'une faillite susceptible de déstabiliser le système financier US. Récemment encore, on a eu la preuve que le marché est particulièrement nerveux sur ce chapitre. Mais on n'aura de certitude que lorsque la nouvelle éclatera. Cette épée de Damoclès constitue en tous cas une raison suffisante pour rester particulièrement prudent dans l'attente du dénouement. A ce moment là, alors, une prise de conscience que la situation est sous contrôle permettra certainement à un marché purgé de ses excès de reprendre confiance.

Michel Grollemund - le 8 janvier 2001

Page d'accueil